Le texte de Carole Martinez :

Notre orthographe actuelle est d’un merveilleux illogisme. L’inadéquation de la graphie et de la prononciation nous vient du moyen français (1340-1600). Dès 1850, l’orthographe soumet l’école primaire à sa tyrannie. La dictée devient dès lors un instrument de sélection. C’est là que le bât blesse.

Ce code abscons a permis d’évincer une partie de la population qui ne le maîtrisait pas suffisamment. Aujourd’hui, il marque encore au front. Qu’on fasse de quelques règles et bizarreries le moyen de marquer sa supériorité me déplaît. Pourtant les liens tout-puissants que les amateurs des belles-lettres ont avec leur langue me subjuguent malgré tout et je me bats pour tenter d’être à la hauteur.

J’ai souffert des kyrielles de fautes qui constellaient mes dictées. Les couleurs et les genres notamment me sont encore des casse-tête. Je meurs si je dois écrire une phrase comme : « Les chatoyantes soies pastel des robes, les tulles indigo, pourpres, vermeils, gris perle se déversaient dans la salle de bal, tandis que les valets couronnés de casquettes de tweed noir de jais parcouraient les allées avec des plateaux couverts de délicieux amuse-gueule(s) : de petites verrines de pleurotes poêlés aux épices colorées, des aspics, des muffins d’époisses, de minuscules flammekueches… »

Je peine aussi à accorder les participes passés des verbes pronominaux. « Dans la foule, ils se sont parlé et les droits que Pierre s’est soudain arrogés ont sidéré la comtesse, qui a lâché son
verre en suffoquant. Tout cela n’était pas de bon augure. Les insultes qu’ils se sont envoyées à tout bout de champ n’ont pourtant pas gâché la fête. On les a oubliés dans leur coin où, après s’être disputés, ils se sont souri, serré la main, et séparés réconciliés. »

Et, pour finir, les doublements de consonnes et les expressions amphigouriques et vieillottes me deviennent vite insupportables.

« La duègne à perruque continue de pérorer en faisant bonne chère. Mais ces boit-sans-soif ne parviennent déjà plus à s’empêcher de bayer aux corneilles. Bientôt, ce sera l’accalmie dans le salon sous le lambris en acajou ; ils partiront tous en balade dans le bois de châtaigniers et s’y perdront. Au temps pour moi, je ne parlais ni de ta bru ni de ta marraine, mon amour !
Elles ne sont pas saoules (soûles), bien sûr, et je les adore ! »

La remise des prix a eu lieu à 17h au Musée des Beaux-Arts, en présence de Carole Martinez.

  • Le 1er prix a été attribué à Madame Jeanine JACQUEL, avec 3 fautes
  • Le 2ème prix à Monsieur Stéphane MICHEL, avec 5 fautes et 2 au test
  • Le 3ème prix à Madame Paule MOREL, avec 5 fautes et 3 au test1er prix : un stage de langue offert par le CLA (valeur 500 €)
    2ème prix : des chèques cadeau d’une valeur totale de 200 €
    3ème prix : des chèques cadeau d’une valeur de 100 €

Et pour les lauréats, le dernier roman de Carole Martinez, Les roses fauves, très attendu en cette rentrée littéraire et l’ouvrage de Philippe Dessoulier, président du club Belf’orho : 30 dictées pour passer du 100 fautes au sans faute. De quoi préparer déjà l’édition de l’an prochain.

La dictée en images (par Yoan Jeudy)