Romancier, essayiste et dramaturge, Bertrand Leclair est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 Le train de Proust

(Fayard)

Lire À la recherche du temps perdu, c’est prendre le train pour un voyage d’une
longueur peu ordinaire. Certains évoquent un train de souvenirs, d’autres dont je suis témoignent du train de vérités qu’est ce récit initiatique traçant un chemin spirituel vers « la joie du réel retrouvé ». Aux lectures suivantes, le lecteur attend en connaissance de cause les scènes qu’il aime entre toutes comme autant de stations heureuses, mais force est de constater que tout a changé d’être retraversé : c’est un monde mouvant qui défile derrière la vitre où se reflètent les passagers. Les paysages semblent aussi mobiles que le point de vue depuis le train, ce « laboratoire » dont chaque wagon se transforme en une étonnante « chambre magique qui se chargeait d’opérer la transmutation tout autour d’elle ».
Illustration parfaite de la relativité proustienne à l’articulation du temps et de l’espace, le train permet ainsi de retraverser À la recherche du temps perdu d’autant mieux qu’il la traverse lui-même de part en part, depuis les sifflements nocturnes de la toute première page de Du côté de chez Swann jusqu’aux
coups de marteau d’un employé des chemins de fer qui généreront l’une des réminiscences majeures du bouquet final : alors le train du souvenir peut bondir hors du tunnel inerte de la mémoire pour libérer « mille riens de Combray » qui « sautaient légèrement d’eux-mêmes et venaient à la queue leu leu (...) en une chaîne interminable et tremblante de souvenirs », arpentant bientôt la vérité inédite qui, au sens le plus fort du verbe, anime à jamais La recherche.



Lieu : Place de la Révolution